La Mer à boire

III. Un point sur les sources d’eau douce sous-marines

Les eaux continentales se déversent dans l’océan par des écoulements de surface, qui proviennent soit d’écoulements souterrains qui émergent au fond de la mer de façon diffuse soit ponctuellement de sources.

Nous nous intéressons ici aux sources d’origine karstiques. Celles-ci peuvent exister le long des côtes calcaires. Un réseau karstique résulte de la pénétration d’eau de surface dans les fractures d’un massif calcaire. L’eau de pluie, acidifiée par le dioxyde de carbone contenu dans les sols, dissout la roche et aboutit à la construction progressive d’un réseau de conduits et de cavernes (par exemple le gouffre de Padirac et sa rivière souterraine dans le département du Lot). L’eau resurgit en surface au niveau le plus bas du massif. Dans la zone côtière, suivant les variations du niveau de la mer, les exutoires sont soit situés au-dessus de la mer, soit noyés.

Bas niveau marin dt_lamera_0012
Haut niveau marin dt_lamera_0014

Source : FLEURY, P. (2004)  « Les sources d’eau douce sous-marines » dans Actualités Internet sur le site de l’UMR Hydrosciences  de Montpellier.

 Si les pressions le permettent (c’est-à-dire si la pression dans le conduit est supérieure à la pression de l’eau de mer à la profondeur de l’exutoire) l’eau douce sortira et remontera à la surface du fait de sa densité plus faible (due à son absence de salinité et à sa température) que celle de l’eau de mer environnante.

L’existence de ce type de source sous-marine d’eau douce était connue depuis l’Antiquité par les marins grecs et phéniciens, mais elle était considérée jusqu’à ces dernières années comme une curiosité de la nature. Les besoins vitaux d’une population côtière qui ne cesse d’augmenter ont modifié la donne.

Ces sources karstiques se trouvent un peu partout dans le monde et principalement le long des côtes méditerranéennes : sur les côtes françaises et italiennes, le long des côtes de Croatie, de Grèce, de Turquie, du Liban, de la Syrie, d’Israël et de la Libye.

Les débits estimés actuellement peuvent pour certaines sources atteindre 0,1 m3 par seconde, soit 8,6 m3 par jour.

De nombreux travaux de recherche sont en cours pour détecter les sources (utilisation de thermographie aéroporté* ; mesure de la température et de la salinité par bateau), étudier le réseau de drainage karstique et son fonctionnement (les sources karstiques sont très influencées par le rythme des saisons et les précipitations), comprendre le dispositif de récupération de cette eau douce qui doit être prélevée au plus près de sa source pour éviter un mélange avec l’eau de mer durant sa remontée en surface.

La société française Nymphéa Water s’est installée sur ce créneau et travaille en collaboration avec des organismes scientifiques. En effet, une bonne connaissance du réseau karstique est nécessaire car il s’agit d’eau d’origine terrestre qui peut être, surtout selon les saisons, plus ou moins polluées. Le mode de gestion est à définir.

Nymphéa Water a développé un système original de captage d’eau douce en pleine mer qui a été testé avec succès sur la source de la Mortola en juillet 2003.

dt_lamera_0016Source : Nymphea Water. Site consulté le 21/05/2012. http://www.nymphea.fr/fr

Cette source se situe dans les eaux italiennes à proximité de la frontière franco-italienne par 36 mètres de profondeur, à 800 mètres de la côte. Son débit a montré d’importantes variations : de 80 litres par seconde durant l’été 2003, il a dépassé les 150 litres par seconde durant l’hiver 2003-2004. L’eau obtenue est légèrement salée et selon l’usage qui en est fait une désalinisation peut s’imposer.

Nymphéa Water estime très compétitif le coût du mètre cube : inférieur à 1 euro.