La Mer à boire

II. d. Pays concernés par l’exploitation de l’eau de mer dessalée

Selon les estimations, moins de 1% de l’eau potable mondiale est fourni par les 12 500 usines de dessalement dispatchées dans 120 pays.

Elles produisent 20 millions de mètres cubes par jour, soit 14 millions à partir de l’eau de mer et 6 millions à partir d’eaux saumâtres* (en 2001).

Répartition du potentiel de désalinisation dans le monde

%

Moyen-Orient

Asie

63%

Amérique du nord

11%

Afrique

7%

Europe

7%

Dans un rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) – sur les directives révisées pour l’eau de boisson dans le cadre de la prévention de maladies hydriques – datant de septembre 2004, plus de 60 % des installations de désalinisation sont situées dans les pays de la Méditerranée orientale et de l’Asie occidentale. Cela  concerne le Moyen-Orient (Iran, Irak, Arabie saoudite…) ; l’Asie du sud (Afghanistan, Pakistan), l’Afrique occidentale et orientale (Egypte, Maroc, Tunisie,…).

85 % des usines de dessalement pratique la distillation. Dévoreuses d’énergie, les unités géantes de distillation sont, en général, implantées dans les pays producteurs de pétrole et gaz tels que le Koweït, les Emirats arabes unis et l’Arabie Saoudite. Ainsi, une unité de dessalement a été implantée au Qatar (7 000 mètres cube par jour).

Souvent l’unité de désalinisation est associée à une centrale de production électrique. Depuis quelques années, des unités d’osmose inverse se sont développées, associées ou non, à des installations de distillation existante. Ainsi, à Jebel Dhanna à Abu Dhabi, la société Degrémont appartenant au groupe Suez a construit une centrale de 160 millions de mètres cube par an dans laquelle l’osmose inverse assure une  production de 62 millions de mètres cube par an. La centrale thermique a une puissance de 630 Mégawatts.

Certaines îles des Caraïbes, telles les îles de Saint-Martin, Saint-Barthélemy aux Antilles française ; l’île de Curaçao aux Antilles néerlandaises et de nombreuses îles de la Méditerranée (Malte) possèdent également des usines de dessalement utilisant le procédé de distillation.

La  technique de l’osmose inverse est moins gourmande en énergie et les progrès  technologiques font baisser le prix de l’eau. En effet, l’osmose inverse propose de 0.30 € à 0,91 € le mètre cube à la sortie d’usine contre 0,46 € à 1,83 € obtenu par distillation. Les premiers bénéficiaires de cette technique devraient être en Afrique, les zones hyperarides de la bande sahélienne ou de Namibie ; celles du Chili et de l’Asie centrale.

La crise de l’eau engendre des tensions entre les pays. Ainsi, sur la bande de Gaza, plus d’un million de personnes se pressaient à raison de 3 000 au km2. Les palestiniens, tributaires de la gestion des israéliens, se plaignaient de recevoir trop peu d’eau et de mauvaise qualité. Les palestiniens ont alors pensé à construire une usine de dessalement mais ils n’en avaient pas les moyens financiers, tandis que les israéliens hésitaient à investir, préférant s’approvisionner en Turquie, via des bateaux-citernes. En 2002, la construction d’une usine de dessalement de l’eau de mer a débuté à Ashkelon, port d’Israël situé entre Tel Aviv et Gaza. Construite par Veolia Water, elle approvisionnera le sud d’Israël en eau potable et utilisera la technologie d’osmose inverse. La production sera de 50 millions de m3 par an ou l’équivalent de la consommation d’eau potable d’une ville d’environ 700 000 habitants.

Pour les pays sans pétrole, l’idéal serait d’avoir recours aux énergies renouvelables. Tel est le cas de l’Egypte qui cherche à utiliser le solaire pour actionner les pompes de petites unités d’osmose inverse. Cependant, il semble qu’il soit irréaliste de vouloir faire tourner de grandes usines aux énergies renouvelables. Cela nécessiterait des installations solaires ou éoliennes surdimensionnées, hors de prix et peu performantes.

Il est à noter qu’à mesure que le coût du dessalement baisse et que la demande en eau douce augmente, des pays des régions tempérées se tournent eux aussi de plus en plus vers le dessalement de l’eau de mer.

Ainsi, aux Etats-Unis, l’un des pays les plus riches en eau du monde, les responsables de la gestion de l’eau dans la région de la baie de Tampa, en Floride, ont entrepris la construction d’une usine de dessalement capable de produire 95 000 mètres cube d’eau dessalée par jour. Ils comptent sur le dessalement pour répondre aux besoins futurs en eau de la région.

En France, une unité est installée sur l’île de Sein, dans le phare. Elle est petite (environ 50 mètres cubes par jour) et subvient en été, aux besoins d’eau supplémentaires liés à l’afflux de touristes. Montée en 1975 et faisant appel à la technique de la distillation, elle fonctionne depuis 2003 par osmose inverse. Par ailleurs, une unité de 500 mètres cube d’eau potable par jour est installée sur le port de Rogliano sur le Cap Corse.

En 1982, la société SIDEM (qui fait maintenant parti du groupe Veolia Water) a fourni à EDF une unité de dessalement par évaporation. Entièrement électrique, cette unité fournissait 1 500 mètres cubes par jour. Elle a fonctionné quelques années sur le site nucléaire de Flamanville, dans la Manche, avant d’être vendue à une île située dans les Canaries. Les centrales électriques exportées par EDF s’accompagnent souvent d’unités de dessalement pour l’approvisionnement en eau d’appoint.

Enfin, notons le lancement, fin 2004, par Thames Water d’un programme de construction d’une usine de dessalement de l’eau de la Tamise. Elle pourra alimenter en eau douce 400 000 foyers britanniques.