Qu’est ce que l’Océanographie ?

Sommaire +
  1. I.Introduction
  2. II.Océanographie – Présentation
  3. III.Quelques principes d'océanographie
  4. IV.Quelques missions océanographiques
  5. V.Le métier d'océanographe
  6. VI.Glossaire

V. b. 7. Quelles sont les contraintes du métier ? (organisation vie familiale, financement des recherches…)

 Thierry Moutin
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C’est compliqué la vie familiale… Il y a une flexibilité obligatoire à avoir, qui doit être acceptée par le conjoint et les enfants, ce n’est pas simple… Un exemple précis : je suis parti à Orlando la semaine dernière présenter la mission BOUM, en Floride, le jour de l’anniversaire de ma fille… Elle m’en veut énormément ! On n’a pas le choix… Quand je suis rentré d’Orlando, elle me dit : « tu vas venir à mon spectacle de fin d’année ? » et paf ! Ça tombe en pleine mission, deux jours après le départ… Il y a quand même des contraintes, quand on part deux mois dans le Pacifique, on n’emmène pas les enfants… Quant au financement des recherches,à l’heure actuelle, c’est très compliqué. Le montage pour BOUM, c’est plusieurs financements : national, européen, participation des différents laboratoires. Ça prend énormément (trop) de temps.

Quelle différence avez-vous pu constater entre le travail en France et à l’étranger ?

En ce moment, en France, nous sommes en plein changement de système, c’est un peu compliqué. Jusqu’ici il y avait plus de sécurité d’emploi et de confort de vie en France. J’en parlais la semaine dernière avec des collègues américains : ils ont la possibilité d’obtenir beaucoup plus d’argent et rapidement, mais en contrepartie, ils n’ont pas de sécurité quant à leur avenir professionnel. Il n’y en a que quelques uns qui ont la chance d’avoir des postes permanents. En plus de l’argent pour le consommable et l’équipement, ils doivent trouver de l’argent pour payer leurs étudiants et techniciens. Leur travail est essentiellement un travail de gestionnaire. Il faut savoir vendre sa science ! Les jeunes, aux Etats-Unis, sont en ce moment en grande difficulté…

Jozée Sarrazin
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C’est vrai qu’en partant un mois en mer, ce n’est pas facile pour la famille. Cela demande toute une organisation. Certes, il y a des petites compensations financières mais cela ne remplace pas ce que cela demande au conjoint en terme d’investissement, de disponibilité.

De plus, les nombreux déplacements (pas seulement les campagnes en mer) ont aussi un impact (déplacements en Europe : coopération scientifique, ateliers, séminaires…). Mais cela fait aussi partie du côté intéressant de notre travail.

En ce qui concerne les financements, nous sommes de plus en plus sollicités pour aller chercher des fonds comme cela se fait en Amérique du Nord ; du coup, c’est un peu au détriment de la recherche. Constituer les dossiers de demande de subvention et rédiger des rapports d’étapes diminuent le temps consacré à la recherche. En France, il y a quand même une sécurité de l’emploi. Les chercheurs (jusqu’à maintenant…) étaient relativement bien protégés de ce système où il faut aller chercher les financements relatifs au salaire. Au Canada, le salaire est assuré mais on doit aller chercher les subventions pour assurer la recherche. Aux Etats-Unis, c’est pire, dans certains instituts et universités, les chercheurs doivent assurer eux-mêmes leur salaire de façon annuelle ou pluriannuelle…Ce système engendre une très forte compétitivité. Au niveau de la recherche, c’est peut être dynamisant (on est obligé d’être très productif) mais à long terme, je ne sais pas si cela est vraiment valable. Il y a beaucoup de « burn out », des gens qui craquent en milieu de carrière après avoir consacré tout leur temps à la science, au détriment de la vie personnelle… En France, il y a encore de la place pour la famille, des week-ends, des congés… Au Canada, les chercheurs travaillent le week-end, le soir… Il y a davantage de qualité de vie en France mais cela est en train de changer… C’est pour cette qualité de vie que je suis venue en France même si au Canada, les salaires sont plus élevés.

Pierre-Marie Sarradin
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Pour le moment, la grosse difficulté est le financement de la recherche. Moi qui ai une quarantaine d’années, je passe de plus en plus de temps non pas « à la paillasse » mais à faire de l’administration de la recherche, de la recherche de financements…Cela n’est pas sans intérêt, mais c’est encore un nouveau métier que nous sommes en train d’apprendre. Nous ne cherchons plus des résultats mais du budget !

Est-ce difficile de concilier vie familiale et campagnes océanographiques ?

Avec un minimum d’organisation, ce n’est pas une difficulté énorme, sachant que nous partons en moyenne deux à trois semaines par an, avec de temps en temps, de grosses campagnes comme « Momareto » qui vont durer jusqu’à six semaines.

Avez-vous constaté une différence entre le travail en France et à l’étranger ?

Personnellement, je n’ai pas travaillé à l’étranger. Nous travaillons énormément avec l’Europe mais toujours en tant que personnel Ifremer. La seule chose que je peux dire, c’est qu’en France, nous travaillons sur des contrats pérennes tandis qu’à l’étranger, il y a énormément de contrats à durée déterminée. Ce sont des chercheurs qui sont embauchés pour 3 ou 4 ans sur des projets spécifiques.

Lucien Laubier
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Aussi étonnant que cela puisse paraître, le fait de travailler en mer a été une vraie contrainte pour moi : conditions météorologiques, mal de mer etc…

Au niveau de la vie familiale, c’est vrai que cela est compliqué quand on part en mer pendant un mois et demi. Ma femme travaillait dans l’aquaculture (crevettes) et avait moins de déplacements que moi.

Avez-vous constaté des différences entre le travail en France et à l’étranger ?

Contrairement à l’étranger, en France, il y a beaucoup de fonctionnariat.

Avez-vous rencontré des difficultés pour le financement de vos recherches ?

Je n’ai jamais eu de problèmes à ce niveau là. Du moment que l’on avait un projet intéressant, cela marchait toujours.